11 juin 2025

L’Intelligence artificielle : un progrès numérique qui engloutit l’énergie

L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle (IA) dans notre quotidien, de la rédaction de textes à la création d’images ou au pilotage de véhicules autonomes, ne cesse de fasciner. Mais derrière cette apparente magie technologique se cache une réalité beaucoup moins reluisante : l’IA est un véritable ogre énergétique. Et cette faim ne fait que croître.

Derrière l’écran : des centres de données surchauffés

Chaque fois que vous demandez à un assistant virtuel de rédiger un message ou de générer une image, une immense quantité de calculs est lancée en arrière-plan. Ces calculs ne sont pas exécutés sur votre téléphone ou votre ordinateur, mais sur des centres de données (data centers) répartis aux quatre coins du globe. Ces infrastructures sont composées de milliers, parfois de millions de serveurs, qui consomment non seulement beaucoup d’électricité pour fonctionner, mais également pour être refroidis.

Apprentissage vs utilisation : deux étapes, deux impacts

L’entraînement des modèles d’IA, comme GPT, demande une puissance de calcul colossale. Il faut analyser d’immenses volumes de données pendant des semaines ou des mois. Une étude du MIT indique qu’un seul modèle de grande taille peut générer plus de 280 tonnes de dioxyde de carbone. C’est l’équivalent de cinq allers-retours Paris-New York en avion par passager.

Mais l’entraînement n’est pas la seule source de consommation. L’utilisation courante de ces modèles, par exemple à travers les messageries, les moteurs de recherche ou la création automatique de contenus visuels, continue de consommer énormément d’énergie. Plus les utilisateurs sollicitent l’IA, plus les infrastructures sont mises sous tension.


Une consommation électrique en forte croissance

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation des centres de données devrait doubler d’ici 2030. Elle atteindrait environ 945 térawattheures, un niveau proche de la consommation annuelle du Japon. Aux États-Unis, ces centres devraient représenter près de la moitié de l’augmentation totale de la demande électrique au cours des prochaines années.

Les grandes entreprises technologiques se préparent à cette évolution. Microsoft, Google et Meta investissent des milliards de dollars dans la création de nouvelles infrastructures. Certains projets sont même directement connectés à des centrales nucléaires pour sécuriser l’approvisionnement énergétique. Parmi eux, un projet d’envergure nommé Stargate, soutenu par Donald Trump, prévoit un financement de 500 milliards de dollars issu de fonds publics et privés.


Une contradiction avec les enjeux climatiques

L’expansion de l’IA soulève une contradiction majeure. Alors que de nombreux secteurs industriels s’orientent vers une transition énergétique, le domaine du numérique semble prendre la direction opposée. La plupart des centres de données fonctionnent encore avec de l’électricité produite à partir de combustibles fossiles. Cela est particulièrement vrai dans les pays les plus consommateurs d’IA, comme les États-Unis, la Chine et l’Inde.

Bien que l’intelligence artificielle promette de réduire les consommations dans certains secteurs, ces gains sont encore trop limités pour compenser l’impact global de la technologie. Les bénéfices potentiels dans les domaines de la santé, des transports ou de la logistique restent marginaux face à l’explosion de la demande énergétique.

Des pistes vers une IA plus responsable

Pour limiter cette dérive, plusieurs solutions sont envisagées :


  • Développer des modèles plus sobres et mieux optimisés. Des chercheurs conçoivent aujourd’hui des architectures plus efficaces, capables de maintenir des performances élevées tout en nécessitant moins d’énergie.

  • Réduire les usages non essentiels. Il est légitime de se demander si la production massive d’images pour les réseaux sociaux ou les divertissements justifie une telle consommation de ressources.

  • Promouvoir les centres de données alimentés par des sources d’énergie renouvelables. Certains pays, comme la Norvège, investissent massivement dans des infrastructures écologiques.

  • Sensibiliser les utilisateurs à l’impact de leurs usages numériques. Comme pour les choix alimentaires ou les transports, il devient important d’évaluer la pertinence de chaque demande faite à une IA.

Vers une innovation plus durable

L’intelligence artificielle représente une avancée majeure pour de nombreux domaines. Elle transforme notre manière de travailler, d’apprendre et de communiquer. Mais elle repose sur des bases énergétiques lourdes, souvent invisibles pour le grand public. À l’heure où le dérèglement climatique impose des choix difficiles, il est crucial de questionner nos priorités.

Plutôt que de freiner le progrès technologique, il faut orienter son développement vers un modèle plus durable. En combinant innovation et sobriété énergétique, il est possible de construire une IA responsable, en accord avec les impératifs environnementaux de notre époque.


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